Le BazzArt de Kalys

Fragment 1 – Matilda

Le livre que j’ai lu le plus de fois dans ma vie demeure Matilda, de Roal Dahl.

Je ne me souviens pas à quel âge – tout ce qui s’est passé avant mes dix ans n’est plus pour moi qu’un souvenir confus, comme un rêve dont j’aurais retenu les épisodes marquants, mais pas le scénario ni les sensations.

Je l’ai lu huit fois. Je crois que Matilda marque ma première rencontre avec la littérature qu’on dit « de l’imaginaire ». Exception faite de la seule histoire enfantine dont je me rappelle avec quelque précision, qui se déroulait dans un monde où météo rimait avec gourmandise, et où il pleuvait du jus d’orange ou des tranches de pain. Un jour, une tempête se lève sur la ville, et il tombe des crêpes immenses qui s’écrasent sur les bâtiments, causant beaucoup de dégâts. Mais bon, ce livre s’adressait vraiment aux très jeunes enfants.

Matilda est un tout petit brin de fillette qui vit avec ses parents et son frère. Je ne me souviens que de son père, un garagiste malhonnête et violent. Elle est très intelligente, elle a appris à compter et à lire avant d’entrer au CP. Pour échapper à un milieu familial délétère, elle passe ses journées à la bibliothèque municipale. Elle lit tout, très vite. Jusqu’au jour où, ayant épuisé les réserves du rayon « enfants », elle pénètre pour la première fois dans le rayon « adulte ». Moment ô combien impressionnant et important. Je me rappelle encore quand ça m’est arrivé, à moi (mais moi en l’occurrence je n’avais pas lu tous les livres dédiés aux enfants et j’étais plus âgée). Parallèlement, Matilda découvre, alors qu’elle essaie de se défendre contre son père, qu’elle détient un pouvoir : elle peut bouger des objets à distance, par la simple force de sa volonté. À partir de là, le rapport de force entre Matilda et les adultes va s’inverser.

Deux choses m’ont particulièrement plu dans ce roman. La première, c’est que j’étais déjà fascinée par la grande érudition de Matilda, par son intelligence analytique et sa capacité de concentration. Des traits de caractère que l’on retrouve chez toutes les héroïnes que j’ai aimées, jusqu’à Willow, dans Buffy contre les Vampires. Traits dont je ne suis pas totalement dépourvue, mais pas très bien dotée quand même. À la fois je suis férue d’études, à la fois je suis trop éparpillée pour passer mon temps à approfondir un sujet en particulier. Curieuse contradiction. J’ai été une élève avec « un certain potentiel » mais, la plupart du temps, je suis restée dans la moyenne. Et donc, je voue une grande admiration aux chercheurs et spécialistes de toute espèce.

Puis, et cela conditionne encore mon rapport à l’imaginaire, c’est que l’élément, disons surnaturel, apporte au monde une touche de magie, mais ne dévie pas pour autant la réflexion de problématiques bien réelles. J’ai horreur de ces romans de fantasy (rares, il faut le préciser) qui ne créent un univers imaginaire que pour éluder le monde réel, odes à une imagination superficielle, dénuée du moindre pouvoir visionnaire.  À l’époque où j’ai découvert Matilda, je crois bien que mes lectures se résumaient aux séries d’Enid Blyton (à l’exception de Oui-Oui), aux Alice de Caroline Quinn et à l’Étalon Noir. Il me semble que c’est plus tardivement que j’ai commencé à lire quelques romans d’Anthony Horowitz, puis que j’ai fait la connaissance du personnage qui allait influencer durablement ma conception des mondes obscurs : Ebenezer Graymes, alias le Commandeur.

Entre temps, Matilda s’est avéré le livre le plus intelligent et le plus poétique de mes jeunes années. Si j’ai dû le relire si souvent, c’est que rien n’était parvenu à autant me passionner. Pour ce que je m’en souviens, le film qu’en a tiré Danny deVito en 1996 ne lui rendait pas vraiment hommage, insistant sur la grossièreté caricaturale des personnages comme si les enfants ne pouvaient comprendre que les gags les plus potaches. Alors que Matilda leur apprend comment ne pas se laisser abattre par le monde des adultes, en cultivant la curiosité, l’imagination et l’ingéniosité.

Tous les livres, même ceux écrits pour les enfants, n’ont pas pour vocation de délivrer un message. Les plus réussis cependant, sont ceux qui parviennent à modifier votre vie par la simple force de suggestion. Ils ne vous donnent pas de leçons. Ils entrouvrent des portes, derrière lesquelles vous n’auriez pas eu l’idée, de vous-même, d’aller regarder.

*

Matilda, Roal Dahl, 1988.
Il se peut que mon résumé du livre manque de précision, voire qu’il comporte des erreurs. Ce qui m’intéressait ici, c’était le souvenir que j’en avais, pas son exacte réalité.



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