Le BazzArt de Kalys

Trois rêves

Hier j’ai pris une décision dont l’aboutissement ne dépend pas de moi, aussi je croise les doigts. En tout cas, il semblerait que ce soit la bonne, car cette nuit j’ai rêvé que j’étais de retour dans ma chambre à Rambouillet et que j’en retirais un profond sentiment de réconfort et de sérénité. La chambre était encore un peu vide, mais je défaisais des cartons dans une belle lumière orangée, très chaleureuse (les rideaux étaient fermés, il faisait nuit), et chaque chose allait à sa place, je me sentais en complet accord avec moi-même. Mon poster d’Indochine était déjà accroché au-dessus de la cheminée (mais caché derrière un carton) et je découvrais dans une boîte un numéro de D-Side tout juste ouvert, que je n’avais jamais lu, et son sampler sur lequel n’étaient gravés que des titres lents et lumineux, illustrés par un dessin de végétal et de crépuscule flamboyant. Je me disais que c’était parfait, que j’allais me caler sous les couvertures et m’y plonger toute la nuit.

*

La nuit précédente, deux rêves étranges. Dans le premier, très court, je voyais un vieux monsieur fatigué, qui prenait ses médicaments avant de retourner s’allonger, et pour la première fois de ma vie je comprenais, mieux, je ressentais, combien l’idée de mourir pouvait devenir un aboutissement, une fin tranquillement attendue. Je me sentais… bien.

Le second était, surtout en comparaison, beaucoup plus glauque et violent. Je me tenais dans une pièce en désordre, pleine de câbles noirs enroulés tels des nids de serpents sur le sol. Côté jardin, une baie vitrée perçait le mur sur toute sa largeur et toute sa hauteur (il faut le noter, c’est la première fois que je rêve d’une pièce avec une ouverture sur le monde si complète). Par la fenêtre, je distinguais un bout de pelouse, un marais derrière au soleil couchant, la mer plus loin je crois. Un saule pleureur se découpait en contre-jour sur la droite et je m’approchais pour photographier ce paysage teinté de l’orange du crépuscule (une obsession esthétique, le crépuscule, ces derniers jours).
Debout tout contre la fenêtre, je me rendais compte qu’il y avait quelqu’un dans le jardin. Au début je ne comprenais pas ce que je voyais, j’ai cru apercevoir une excroissance de chair et d’os, comme une main immense sur laquelle je n’arrivais pas à focaliser. Puis ma vision se rétablissait et je découvrais un homme, de dos, seulement vêtu d’un slip blanc tâché. Il faisait je ne sais quoi, triturant une espèce de construction de tuyaux blancs eux-aussi, comme une espèce de cage à lapin miniature (de celles dans lesquelles on joue quand on est tout gosse, pas une vraie).
Alors il se retournait et me regardait, et j’étais prise de la panique la plus totale. Il s’avançait et, tétanisée, je ne savais quoi faire d’autre que d’agripper la poignée de la porte fenêtre de toutes mes forces. Il restait debout derrière, avec une espèce de sourire-rictus mauvais, épouvantable, et ses cheveux gris-blancs coupés au bol. Je prenais conscience que si l’envie lui en prenait, il lui suffirait de faire le tour de la maison.
Alors je me suis mise à hurler, à hurler sans pouvoir m’arrêter, tout en continuant de m’accrocher à la poignée comme à une bouée de sauvetage.

Au temps pour l’instinct de survie.



Quelque chose à ajouter ?

fleurs stylisees fleurs stylisees