Le BazzArt de Kalys

Thanatophobie

AVERTISSEMENT : dans ce billet, je parle de mon rapport à la mort. J’y explore les symboles et les ressentis que je lui associe, par le biais de films et de musiques dont je pense qu’ils ont été déterminants dans ma construction personnelle. Cet article contient des spoilers de Titanic, Le dernier des Mohicans, Alien 4, Big Fish et Le cercle des poètes disparus. Si vous êtes sensibles à ce sujet, je crois que cette lecture peut être angoissante ou bouleversante, aussi peut-être préférerez-vous éviter de le lire.

 

Je crois que Titanic est la première fiction à m’avoir confrontée avec la mort. Bien sûr, on voit des gens mourir dans des tas de films, mais pour moi c’était le premier à mettre en scène la mort d’individus – par opposition avec les monceaux de cadavres de PNJ dans les films à grand spectacle.

J’ai encore sangloté en re-visionnant cette scène.

La vision des ténèbres engloutissant le corps de Jack m’a bouleversée comme rien avant et peut-être rien après. Je n’y étais pas préparée, quand bien même elle était prévisible, et à présent que j’ai vécu l’expérience « en vrai », je suis d’autant plus frappée par la justesse absolue de cette scène. Rien ne peut vous préparer au néant.

Je me demande parfois si c’est à Titanic que je dois ma terreur de la mort. Si j’avais d’abord vu Big Fish, aurais-je été plus sereine ? N’est-ce pas Titanic qui a ancré en moi la conviction que la mort c’est cette menace inexorable qui s’approche vague après vague et recouvre tout doucement les vieux amants enlacés dans une cabine de troisième classe ? La disparition définitive dans un océan de noirceur ?

Mais Titanic, c’est aussi le récit d’une survivante et si je suis tombée amoureuse de Kate Winslet, c’est dès ce moment-là. La force que Rose va puiser en elle pour retourner dans l’eau et aller saisir ce sifflet, cette prestance de déesse tandis qu’elle se tient debout sur le pont du navire de sauvetage, la volonté farouche de se relever, de continuer… Ce personnage m’a transformée. M’a faite, en partie.

 

Après, il y a eu Le dernier des Mohicans. Je pourrais écrire des pages entières sur ce film (j’avais d’ailleurs prévu de lui consacrer un billet, tant il m’a marquée.) Je pense qu’il y a un point commun avec Titanic : c’est l’omniprésence de la nature. Chaque mort, aussi brutale soit-elle, semble insignifiante dans ces immenses paysages.

Outre la musique, je me suis toujours souvenu de cette scène :

Alice est l’antithèse de Rose. C’est une jeune femme timide, peureuse, qui n’a jamais, jusqu’aux événements décrits dans le film, vécu autre chose qu’un quotidien tranquille et familial. J’ai trouvé son suicide incroyablement courageux. Il n’exprime pas un renoncement, mais tout le contraire. Cette détermination qui s’inscrit dans son regard… J’aurais voulu en être capable. J’aurais voulu puiser en moi une certitude absolue qui abolisse la peur.

 

Or, je me suis toujours beaucoup identifiée à Hillard dans Alien 4 : au moment où la bande entre dans l’eau pour échapper aux Aliens, alors qu’elle vient de perdre son amant, Elgyn, on sait déjà qu’elle est perdue : elle n’a plus la force de se battre. Elle est terrifiée, elle est à bout, elle ne croit pas qu’elle peut survivre. Moi, j’ai jamais été une Rose ou une Ripley. Je suis Hillard. C’est assez pertubant quand on est terrifié par la mort.

Quand on voit le nombre de scènes sous-marines qui m’ont traumatisée, on comprend mieux pourquoi j’ai si peur des monstres dès que je vais nager…

 

Il y a eu la mort romantique – pas que celles de Titanic et des Mohicans ne le soient pas. Mais là il s’agit d’une mort intangible, autant que l’est l’amour, quand on a quinze ans. La mort esthétisée qui ressemble plus à un long sommeil, avant de se réveiller dans un monde bien plus beau. Cette image-là, je la dois à la musique, ce qui est parfaitement logique puisqu’elle sublime tout.

Pour ça, j’ai du Saez à revendre.

Et Indochine.

 

Aussi romantico-midi goth que ce soit… Peut-être que ça m’a sauvée de la dépression, en fait. Parce qu’avant eux, avant Titanic, il y avait Dernier Sourire. Et Chloé. Je sais que Mal’ ne peut pas écouter cette dernière, moi je la repassais avec une fascination morbide, parce qu’elle était romantique à sa façon – elle me rappelait Ophélie. Comme elle parle d’une soeur, je ne pouvais pas l’entendre sans qu’un creux malsain se répande dans mon ventre. En revanche, Dernier Sourire… m’a glacée jusqu’au sang. Jamais pu l’écouter en entier. Pas plus, après, que Et si la mort m’était contée.

Celle-là est pour Maman. (Je n’ai pas pu l’écouter en entier, même pour ce billet.)

 

Des années plus tard, il y a eu la chanson dont je n’ai d’abord su que faire, avant qu’elle ne devienne ma meilleure catharsis. Pour tout ce que je voulais dire à Maman, mais aussi à ma soeur. À mon père. À tous les gens que j’aime et qui souffrent ou ont souffert. Spéciale dédicace au Fumeur dans l’âme.

 

Les jeux vidéos m’ont aussi confrontée à la mort. Je pourrais parler de Mass Effect ou même de Dragon Age. Mais la vérité, c’est que le jeu le plus brillant, le plus bouleversant auquel j’ai joué ces deux dernières années, c’est Enderal. Ni Mal’ ni moi ne pouvons l’évoquer sans avoir les larmes aux yeux. Celui-là, je ne le vous spoile pas.

Tous ces jeux m’ont à un moment ou un autre mise face à la mort. Je disais sur Paradize que j’étais incapable de tuer un personnage imaginaire. Ça marche aussi dans les jeux. Quand l’histoire me transporte, j’incarne trop viscéralement mon personnage pour m’y résoudre. Si je n’ai pas le choix, j’en sors anéantie. Comme dit Maloriel, ne jamais finir ce genre d’histoires un dimanche soir sans alcool. La présence des étoiles est trop écrasante.

 

Si j’avais d’abord vu Big Fish, aurais-je été plus sereine ?

Peut-être que j’aurais réussi à me convaincre de la si jolie formule de Maloriel, celle que je garde toujours en tête désormais : « Pour moi, mourir, c’est comme quand tu dois quitter la fête avant tes amis. »

J’adore cette formule. C’est juste que j’ai pas dépassé le stade de : mais si je pars avant, tout le monde continuera à s’amuser sans moi, et ça me rend incroyablement jalouse. Je REFUSE que ça se passe comme ça. Je ne veux pas partir. Je lâcherai pas l’affaire. Je vais ruer, je vais me débattre, je vais donner un coup de pied au fond de l’eau. Je mourrai pas, tu m’entends ?

Si si, il y a un lien. And fighting time, so hard I pray
That this moment lasts forever


  1. Un très joli billet, je me souviens très bien de tous les morceaux et les scènes de film que tu évoques, ils m’ont également tous beaucoup marquée. Pour moi, ce qui me terrifie dans la mort, c’est ce regret poignant, écrasant, infini. Cette nostalgie terrifiante : c’est fini pour toujours. Il n’y aura plus jamais d’autres fois. Ça m’évoque deux scènes dans deux fictions différentes, mais tu ne les as pas encore découvertes alors je ne te dis rien, on en reparlera peut-être :)

  2. J’ai mis du temps avant d’oser commenter cet article, car il résonne énormément avec mes propres angoisses sur la mort que j’avais essayé de formuler dans un post il y a quelques années . Il y a quelque chose de très rassurant pour moi de lire que d’autres ont eu ces chocs face à certaines œuvres culturelles qui ont complètement forgé leur rapport à leur propre finitude. Petit réconfort de savoir qu’on n’est pas seul face à l’abysse. Merci beaucoup pour ce partage <3

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