Le BazzArt de Kalys

Psychanalyse de comptoir

12 janvier 2014. Je me sens triste et fatiguée. Bien sûr, il y a eu les événements de la semaine dernière. Je n’ai pas fait grand-chose d’autre, pendant mon temps libre, que de suivre l’actu en direct depuis les sites du Monde ou de FranceTV. Toutes ces images de mort puis d’espoir, toutes ces interrogations m’ont lessivée, comme nous tous.
Mais aujourd’hui ce sont des raisons parfaitement égoïstes qui me ramènent devant mon clavier.

Il est temps d’entreprendre ma petite psychanalyse biannuelle.

Aujourd’hui, j’ai appris que mon amie d’enfance, ma best, mon premier amour… était enceinte. Je ne l’ai pas bien vécu, alors même qu’on ne s’est pas vues depuis… dix ans ? Moins ? C’est pas parce que j’aime pas les enfants (puis je vois pas bien en quoi ça me concernerait.) C’est parce que… Je vois tous les gens que j’aime fonder des familles autour de moi et j’ai très peur de me retrouver toute seule. Un jour, plus personne ne voudra venir chez moi, ou aux soirées que j’organise, ou en vacances, parce que ce sera trop compliqué, pas aménagé, pas adapté. Parce que j’aurai plus rien à partager avec eux.

Puis je me sens vieille. Parce que ouais, la dernière fois que je l’ai vue c’était il y a dix ans. Je ne peux pas l’imaginer, après. La belle jeune femme épanouie qu’elle est devenue. Et parce que treize ans plus tard, je n’ai pas oublié. L’amitié fusionnelle, la rage la plus totale, le chaos, l’absence. J’ai toujours été seule, depuis. Deuxième faille.

Puis il pleut. Et y’a du vent, et j’ai horreur du vent. Ça te gifle, ça grince, ça te tourne autour, fait trembler les vitres.

J’ai pas envie de travailler. D’étudier l’imparfait du subjonctif en n’oubliant pas « au moins trois activités autour du thème que vous abordez ». JE M’EN FOUS, de l’imparfait du subjonctif. C’est pas comme si quelqu’un savait ce que c’était.

T’à l’heure, mon collègue m’a raconté la psychanalyse du type qui raconte un truc à propos de la mer, de ce que ça lui évoque, tout ça. Et Freud en face (c’est bien Freud ?) : « vous parlez de votre mère, là. – Mais non, n’importe quoi ! – Mais si, écoutez-vous parler. » Imbécile de psy. Quand je parle de la mer je ne fais pas un lapsus. Je parle de la mer.

C’est clair, j’suis blasée. Des analyses. De la profondeur. Du calme.

13 janvier 2014. Je me sens bien mieux. Normal, il fait beau. La tempête d’hier – et de cette nuit ! – a été si violente que ce matin il a fallu ramasser le contenu de la poubelle de recyclage partout sur la pelouse. J’recycle aussi mes aigreurs. Ce serait bien que je comprenne qu’il faudrait surtout les détruire, ces angoisses, toutes les filles de la Dévoreuse.

Après, le problème, c’est qu’il y a toujours un nouvel article à lire, à propos de Charlie. Très sincèrement, j’aimerais bien faire comme si de rien n’était, que tout redevienne comme avant et puis c’est tout. Je ne sais pas quoi faire de tout ça. Boko Haram a tué 2000 personnes en une semaine. La dernière en date, c’était une gosse de dix ans sur laquelle ils ont attaché une bombe. On vit dans un monde d’une violence inouïe. Sérieux ? Vous tenez vraiment à y mettre au monde vos enfants ?

Le 11 j’ai eu mon père au téléphone. Je voulais savoir s’il allait bien. Il a pleuré en me disant « tu te rends compte, tous ces Musulmans, qui ont peur – et ils ont raison !  – tous ces gens gentils, bien intentionnés, sans problèmes, sur qui tout ça va retomber ? Et Cabu, merde, j’aimais bien Cabu. Tu sais j’ai envoyé la pétition à la famille en Hollande, qu’ils sachent à quel point je trouvais que c’était con, tout ça, normalement je fais jamais ça, partager mes convictions, mais là c’était trop important. » Il sanglotait et je me sentais con, parce que moi je pleure jamais devant les autres, je dois avoir l’air froide comme un miroir dégueulasse, qui te renvoie ton image derrière les bouts de tain décollé.

Je ne vois pas à quoi je peux bien servir. Ce que je peux bien y faire. Un môme de seize ans a été poignardé devant son bahut. Dieudonné trouve que c’est super rigolo de dire « je me sens Charlie Coulibaly ». Ha ha. La plupart du temps, j’ai même pas envie de sortir de chez moi. Tellement c’est moche.



Quelque chose à ajouter ?

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