Le BazzArt de Kalys

Parade des voix englouties

A nouveau, la fièvre. La rumeur, lovée à sa place habituelle, murmure et fanfaronne, sourire satisfait. Moi, je ne suis pas satisfaite. Je manque d’oxygène : les paroles qu’elle débite n’ont aucun sens pour moi. De ce charivari sonore émerge parfois une mélodie dont je ne parviens pas à suivre le fil ; elle retourne au chaos sitôt appréhendée. Le soir, je bois, mais je ne sais pas si c’est pour la faire taire ou pour découvrir enfin la clé qui me permettra de la décrypter.
Mais je sais ce dont j’ai besoin pour l’entendre : d’espace. Dans les endroits confinés, la rumeur s’étiole et elle devient folle, ses chants deviennent des bribes incohérents, même si elle ne s’en rend pas compte. Alors que dehors, elle a toute latitude pour s’amplifier, et la chanson devient un hymne qui résonne.
Sur le tapis, mes vieilles doc Martens trouées soupirent qu’elles aimeraient bien crever d’autre chose que d’avoir trop martelé le carrelage d’un supermarché.
Il fait gris : tout Québec me dit de fuir. Il fait gris parce que je n’ai plus assez de couleurs dans les veines. La nuit, on ne voit même plus le sourire du chat. Il n’a plus les dents assez acérées pour déchirer le voile de nuages.
Je ne me lamente pas, je m’indigne.
Le monde est plein de recoins et de féeries cachées, je l’ai appris. Tout à l’heure, je retourne à l’école de cirque avec la magicienne rousse. C’est comme une caverne emplie de gens qui ne vivent pas du tout dans le même univers que nous, des gens qui passent leur journée à sauter sur des trampolines et à se jeter dans le vide avec les gestes légers et impeccables de danseurs. Cet endroit existe, mais il n’a aucun sens. J’en trouverai d’autres et, de brics et de brocs, je construirai mon propre antre bizarre, à cheval sur deux réalités.


Quelque chose à ajouter ?

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