Le BazzArt de Kalys

Monument

Bon. Je suppose que c’était un peu écrit dans le ciel que je délaisse l’un de mes espaces d’écriture : après tout, Paradize remplit parfaitement son office de refuge caché aux yeux du monde.

En réalité, j’ai plusieurs brouillons qui traînent par ici, dont un à propos de Colombine, parce que Fabrice Drouelle y a consacré une émission. Peut-être que je le publierai : il n’y a rien dedans que je désavoue.

Le Bazzart ne devrait pas vraiment souffrir de la concurrence de Paradize, parce que ce dernier se construit vraiment en écriture automatique, tandis qu’ici, je cisèle autant que sur le Carnet. J’y dédie simplement des sujets plus sombres ou moins « grand public ». C’est peut-être plutôt la direction prise dans le Carnet Orange qui justifie sa mise au rebut provisoire. Parce que depuis la fameuse « mise à plat », je suis tout de même plus sincère, plus poétique aussi, sur le Carnet. La frontière entre ce que j’y raconte et ce que je réserve au Bazzart est devenue plus floue.

À l’origine, le Bazzart, qui s’appelait Blooböxx, devait être le reflet, précis et tentaculaire, de mes mythologies personnelles. C’est là que j’entreposais le souvenir des œuvres qui m’ont construite, et la mémoire, aussi fragmentaire que limpide, des moments clefs de mon existence. J’estime positif qu’il n’en soit plus le seul dépositaire, parce que cela veut dire que j’ai cessé de vivre repliée sur moi-même : désormais, j’assume beaucoup mieux qui je suis, et suis bien moins convaincue par la grandeur de mes mystères. Blooböxx, ç’a longtemps été ma « grande scène devant une salle vide. »

Mais comment faire, alors, pour la réinvestir ? Je l’aime, malgré tout, cette scène dont les spotlights enluminent mes tragédies. Je l’aime, cette scène depuis laquelle je déclame mon plus grand rôle.

(Je viens de demander à Cortana, à son instigation : « Dis-moi quelque chose sur les rêves. » Elle m’a répondu : « Il est impossible de rêver et de ronfler en même temps », et je ne sais pas quoi faire de cette information.)

Je crois qu’il faut rendre au Bazzart ce qui lui appartient – non que j’aie l’intention de chambouler encore l’ordre et la couleur de mes carnets. Le Bazzart est un monument égotique, comme une pyramide : après avoir passé une petite porte, tu te retrouves à déambuler dans des kilomètres de galeries, dont les murs content une histoire, et les salles secrètes sont remplies de trésors. Oui, je suis capable de ce narcissisme, sans aucun doute. Et pourquoi pas ?

Je peux bien me complaire dans mon musée personnel ; après tout, s’il parle de moi, il en dit aussi beaucoup sur les autres, et les créations de leur esprit, que j’adule.

(À ce propos, alors que résonne le glas de Hell’s Bells, je sais au fond de mes tripes qu’il faudra un jour que j’extirpe un roman de cette seule chanson. Je ne sais quand j’en serai capable, mais ça viendra…)

Le timide soleil d’avril n’y changera rien, ce soir : j’ai envie de violet, de noir et de chants épiques – ceux-là même qui tissaient, il y a vingt ans, des rideaux entre le monde et moi, sur lesquels on pouvait projeter des espoirs.



Quelque chose à ajouter ?

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