Le BazzArt de Kalys

Ma bibliothèque de Babel

On peut lire des centaines, des milliers de livres, les aimer – laisser, l’espace de quelques heures, notre esprit se perdre dans un autre monde, une autre vie, puis en ressortir et reprendre la sienne, ou en ouvrir un autre, recommencer.
Et puis, les autres. Les livres dont on ne peut pas dire qu’on les aime : c’est au-delà de ça. Ce sont des livres qui nous révèlent et nous façonnent dans le même temps. Des livres qui mettent des mots sur les choses qui baignaient dans la pénombre. Des livres dont le vocabulaire va devenir le notre, en partie parce qu’il nous appartenait déjà, mais que nous l’ignorions, en partie parce que sa puissance l’impose à nous. Mais cela revient au même, car c’est une expérience très personnelle. Mon grand livre à moi ne sera pas le votre, la preuve, je crois, qu’on ne fait jamais que chercher des échos, des connexions.
Pour ma part, mais c’est peut-être une conclusion truquée, il est très rare que les livres qui s’impriment en moi soient des livres « réalistes ». Il faudrait à l’écrivain une puissance d’expression exceptionnelle, pour que sa vision d’un monde que je connais et arpente tous les jours modifie la mienne. Ce qui m’intéresse, ce sont les œuvres de pure fiction, celles dans lesquelles un monde, des concepts sont inventés, parce qu’à mon sens ils en révèlent beaucoup plus. C’est en regardant à côté, sous un autre angle, que je parviens à m’approprier ce qui est, ce qui existe « réellement ».
Je ne dis pas que ce sont les seuls livres qui ont un intérêt, pas du tout. Je dis que, parce que – c’est étrange d’affirmer cela, mais je le ressens de plus en plus – parce que je me connais, je sais de mieux en mieux qui je suis, ce sont ces livres-là qui s’insinuent en moi et me modifient – ou me révèlent – de l’intérieur.
Ces rencontres sont rares et je les trouve belles parce qu’elles arrivent par hasard. Il y a tellement de livres, on aurait pu passer à côté.
Ce sont des livres qu’on ne relira peut-être jamais, parce qu’on les porte en soi, ils font désormais partie de nous.
Pour moi, il y a eu les livres de Clive Barker. Pas tous, et en même temps, je ne saurais dire exactement lesquels. Imajica, pour l’océan onirique. Le Royaume des Devins, à cause de la Trame et de toutes les histoires qui la composent. Everville, aussi, pour le voyage intérieur.
Léa Silhol, surtout pour Avant l’hiver et les Musiques de la Frontière.
Histoire de Lisey, de Stephen King.
La nuit, je suis Buffy Summers, de Chloé Delaume.
Et là, alors que je ne l’ai pas terminé, celui qui a donné l’impulsion pour écrire ce billet : Le jeu des coquilles de Nautilus, d’Elisabeth Vonarburg.
Mais des écrivains « réalistes », aussi, Maupassant, pour rien en particulier, car ce ne sont pas tant les histoires que l’écriture, les feuilles des peupliers, la couleur du ciel au crépuscule, le bruit de l’eau contre la coque d’un bateau. Zola pour La curée, que je ne relirai jamais, mais dont j’ai aimé la luxuriance, la sensualité, comme dans les poèmes de Baudelaire.
J’en parlerai plus en détails, un jour. Juste pour le plaisir d’en extraire et d’en refaçonner l’essence. Pour voir à quel point le résultat de la lecture est peut-être loin de l’idée primitive de l’auteur.


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