Le BazzArt de Kalys

Let’s go to bed! (II)

Pornographie et esthétique

J’ai maté quantité de pornos depuis le premier volet de Let’s go to bed. Des bons et des moins bons… Dans l’ensemble, les films pornos souffrent des mêmes défauts : un enchaînement prévisible de scènes, un scénario qu’on préférerait absent plutôt que limité à un paragraphe, et des filles qui gémissent au moindre frôlement.

Néanmoins, quelques réalisateurs tirent leur épingle du jeu, soit parce qu’ils parviennent à contourner certains clichés, soit parce que, ô surprise… ils savent filmer.
Je sais bien que l’objectif de la pornographie est masturbatoire, mais quitte à choisir l’option artistique plutôt que de devenir proxénète, autant tirer parti des possibilités du médium choisi, non?

La dernière fois, j’avais introduit mon sujet en abordant l’aspect culturel du porno et je n’y reviendrai donc pas. Je me contenterai de rappeler que j’apprécie ce genre et ce, pour des raisons en grande partie esthétiques. Les films dont la seule finalité est de caser un maximum de scènes de cul en gros plan ne m’intéressent pas, et me plaisent d’autant moins que, d’après moi, ce ne sont pas les détails de leur anatomie qui rendent les gens excitants.

Puisqu’il s’agit de cinéma, je m’attends à ce que l’œuvre en exploite les ressources : il faut jouer avec la lumière, diriger ses acteurs, prêter attention à la bande sonore…

Parfois, il y a même un scénario

Ainsi je suis tombée, tout à fait par hasard, sur 9 songs de  Michael Winterbottom. Sa classification a connu un certain nombre de revers et je n’ai pas envie d’entrer dans le débat. Disons seulement qu’il contient des scènes de sexe non simulées et que ça fait chier plein de monde.
Neuf chansons, neuf moments charnières dans la vie d’un couple. L’histoire de Matt et Lisa est tout sauf hollywoodienne, et je ne pense pas qu’elle fasse un très bon support masturbatoire. 9 songs est un beau film, très délicat, qui frappe par sa justesse.

Bonne surprise également que Ma charmante voisine, dont je ne trouve pas le titre original, distribué en France par Dorcel évidemment, et réalisé par Eddie Powell. On pourra lui reprocher une certaine naïveté, pour ne pas dire niaiserie, mais n’empêche : c’est mignon, les dialogues sont drôles, le sexe et les personnages sont réalistes. Seul point négatif : c’est un peu long. Eddie Powell a également réalisé – entre autres – une parodie X de Scooby-doo, qui vaut son pesant de cacahouètes, avec ses dialogues invraisemblables et ses acteurs à fond dans leurs rôles idiots.

Les maîtres

Si je devais remanier mon top 5, Jack Tyler figurerait (presque) tout en haut du palmarès. Je l’ai découvert avec Propriété Privée, une sorte de révélation : les acteurs jouent pas mal, il y a une histoire (pas un scénario ultra complet non plus, hein)… Mais surtout il y a une belle lumière, et la musique fait partie intégrante des scènes érotiques, elle les souligne, les accompagne, elle leur donne un rythme…
Tyler a réalisé beaucoup de choses, parmi lesquelles je recommande vivement Le sanctuaire, parce que c’est le film qui comporte les plus jolies scènes que j’ai pu voir das le cinéma porno. Notamment, ma préférée, entre un soldat égratigné et une jeune femme… muette.

Tout en haut de mon top 5, je mettrais John B Root. Alors lui, il faut faire attention, puisqu’il a aussi réalisé tout un tas de cassettes de débutantes et autres joyeusetés dont je tairais les titres et que je n’ai pas visionnées.
Mais il est également le réalisateur des seuls films porno dont je me souvienne des dialogues… Avec, tout en haut de la liste, Inkorrectes, ses répliques croustillantes, son humour… et sa… poésie? La scène finale, en tout cas, revêt d’après moi un caractère poétique. C’est aussi le premier film que je vois qui contienne une scène gay (pas longue, pas en gros plan, juste là, et ça change).
Dans Elixir, il met en scène un Titof travesti, filmé, si mes souvenirs sont bons, en noir et blanc. Ainsi qu’un Francesco Malcolm, acteur mignon et marrant, encore plus facétieux que d’habitude.

Le film porno idéal serait, d’après moi, réalisé par Tyler et Root. Le premier gérerait la musique et la lumière, le second, l’histoire et les dialogues. Les deux partagent une lassitude affichée envers le porno hardcore et débile. Ça ne les empêche pas de se plier aux règles du genre (par exemple pour l’enchaînement des scènes, de la fellation à la sodomie), mais ils trouvent généralement moyen de les contourner et/ou de les commenter avec humour.

En parallèle

Jack Tyler et Ovidie ont réalisé, en 2009, un film classé X mais qui aurait mérité, d’après moi, d’être diffusé dans les lycées. Histoires de sexe met en scène quatre filles d’un côté, quatre mecs de l’autre. La traditionnelle soirée filles dont les mecs profitent pour se retrouver de leur côté autour d’un pack de bières, quoi.

Le film retrace cette soirée au cours de laquelle les deux groupes, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, en viennent à parler de sexe et illustrent leurs propos par le récit d’expériences vécues. Chacun raconte sa propre version des événements, souvent totalement différente de la perception de leur partenaire.

A ce résumé, piqué à Ovidie en personne (voir son blog), j’ajouterai un autre extrait de la déclaration d’intention des réalisateurs :

Avec ce film, nous attendions l’émergence d’un genre nouveau : celui du film traitant ouvertement de la sexualité, affranchi des codes de la pornographie et de son quota d’éjaculations faciales.

Je crois que ça dit tout, non ? Tyler et Ovidie livrent un film qui parle de cul, oui, mais du vrai. Il offre une réponse simple à ceux qui s’inquiètent de ce que la sexualité des ado soit influencée par le porno. Ce film parle du rapport à l’autre sexe et à soi-même, et conclue que ce qui devrait toujours primer, c’est notre plaisir et celui de notre partenaire, jamais l’un sans l’autre.

Anecdotique mais croustillant, Serial Pineur, toujours de Jack Tyler, ajoute une touche d’humour à ce sujet en nous montrant un Sébastien Barrio persuadé d’être un lover, un dieu du sexe, mais qui a plutôt tendance à faire bailler les filles d’ennui. Un porno sans une seule scène de sodomie, la classe.

Enfin, je recommande très très vivement, non vraiment j’insiste, vous devez le faire, le visionnage de Xanadu. Cette excellente série française, malheureusement limitée aux huit épisodes de son unique saison, met en scène les membres de la famille Valadine, pornographes de père en fils. Résumé de AlloCiné :

Depuis 35 ans dans l’entreprise Xanadu, pornographie et famille cohabitent dans le même lieu sans jamais se téléscoper : au rez-de-chaussée du manoir, l’entreprise de production de films X, et dans les étages la famille Valadine. Mais alors qu’on célèbre la mémoire d’Elise Jess, pornostar fulgurante des années 1980 et épouse du patriarche Alex Valadine, un accident tragique change la donne. La page libertaire se tourne, Xanadu peine à prendre le virage du XXIème siècle et la famille ne dissimule plus ses fêlures. Alex laissera-t-il enfin ses enfants prendre le relais ?

Je compare souvent cette série à Six Feet Under, pour le choix d’un univers et de personnages décalés bien sûr, mais aussi en terme de puissance. La série n’aborde pas des sujets faciles et ses protagonistes ne sont pas toujours très reluisants. Tourmentés, violents, pathétiques, ils sont surtout très humains, et si ce commentaire peut sembler platement généraliste, il suffit de comparer avec un paquet d’autres séries pour se convaincre que la justesse et la subtilité ne sont pas des qualités faciles à obtenir quand on essaie de parler des gens. Ajoutez-y une très belle réalisation, et vous obtenez un chef d’œuvre – à ne pas montrer à n’importe qui, certes.

Note
Après lecture, il m’a semblé nécessaire de partager cet article, qui traite de la manière dont les hardeuses sont traitées dans certains milieux. Attention, c’est ultra choquant, mais j’ai pensé que passer ça sous silence desservirait de toute manière mon propos. Il y a porno et porno, et c’est en l’admettant qu’on pourra commencer à aider ces filles – je pense.



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