Le BazzArt de Kalys

L’automne, c’est la saison du Black Metal

– et des listes.

Je fais des listes parce que ça me rassure. Ca n’a pas la rigidité d’un planning, on n’a pas besoin d’établir de graduation, c’est juste fait pour empiler des trucs en vrac, et ça fait des remparts contre l’extérieur. Je suis quelqu’un de très angoissé. Je n’ai aucune confiance en moi – si quelqu’un m’adresse un reproche, je sais s’il est fondé ou non, mais s’il ne l’est pas, cela m’ébranle qu’on puisse me percevoir de cette manière. Et j’ai horreur de n’avoir pas un minimum de contrôle sur certaines choses.

Au boulot, par exemple. Depuis que j’ai commencé mon job de caissière chez IGA, rien ne va. Tous les soirs, je me prends les remontrances, plus ou moins sympathiquement formulées, de quelqu’un qui, a priori, n’est même pas mon supérieur. Il me dit que ma caisse ne balance pas, que j’ai mal compté mes tickets, que j’ai oublié de noter le montant de la réduction sur tel coupon… Je lui explique que je ne savais pas qu’il fallait le faire, il me répond que je n’avais qu’à demander (ce que je me demande, moi, justement, c’est comment peut-on penser à poser une question à propos de quelque chose que l’on ignore). Il a été jusqu’à oser me dire : « depuis le temps que t’es là! » Une semaine, c’est vrai… Je suis vraiment lente à la détente.

Déjà, j’ai déjà été caissière, à Carrefour, et en quinze jours passés là-bas, je n’ai eu aucun problème (mon contrat n’a pas été reconduit, mais c’est parce que je les ai volontairement plantés pour aller aux Utopiales). A Couche-Tard, aucun problème non plus, au contraire. Je ne comprends donc pas bien comment j’ai pu devenir si mauvaise, d’un seul coup, que je ne verrais même pas disparaitre 60$.

De plus, si je suis si mauvaise, pourquoi m’a-t-on collé trente heures de travail cette semaine? Soit IGA est une entreprise altruiste, prête à perdre un peu d’argent pour m’offrir l’opportunité de faire mes preuves… Soit je n’ai de problème qu’avec ce type-là. Il y a peut-être d’autres solutions, mais dans tous les cas, je ne crois pas que l’option « entreprise altruiste » soit envisageable, donc je m’interroge. Et ça me rend dingue, parce que tous les jours, je m’efforce d’arriver de bonne humeur et de faire mon travail bien, et tous les jours, ça se termine par une liste de mes manquements (mais seulement avec cet homme-là, donc). Du coup, je me dis que je risque de perdre mon travail… Mais alors j’aimerais bien qu’on m’en informe clairement, plutôt que de me pointer tous les jours en me demandant si j’aurai encore un job la semaine prochaine. Voilà ce que j’entends par « manque de contrôle ».

Donc bref, je suis angoissée. Et j’en ai un peu marre de penser au taf tout le temps, et d’avoir les entrailles nouées en permanence. Conclusion, quitte à m’entendre dire de manière définitive que oui, je suis nulle, je vais essayer de parler à ma gérante tout à l’heure.

Quand je suis angoissée, je fais donc des listes des choses que j’aime. Pas des choses que je déteste, c’est sûr, ça ne serait pas très utile. J’essaie de penser à tous les gestes qui me rassurent, à tous les objets qui me réconfortent, à tous les disques qui sont assez puissants pour créer un cocon autour de moi, et faire apparaître des créatures.

Le matin, par exemple, j’aime bien prendre ma douche la porte fermée. En réalité, je ne le fais presque jamais, parce que la salle-de-bain est minuscule et donc humide et parce que, vivant avec mon homme, je n’ai aucune raison de faire acte de pudeur en face de lui. Mais j’aime bien. Les lendemains de grosse fête avec les copains, un des trucs que je préfère, c’est quand les gens vont s’enfermer dans la salle-de-bain avec leurs vêtements tout crasseux et leur haleine de bière, et quand ils ressortent, ils sentent super bon, leurs cheveux sont mouillés et ils ont de nouveaux habits. Ca me donne une sensation de confort et d’efficacité, et de mystère aussi, un peu, parce que toute cette métamorphose se passe derrière une porte close. Aussi, un truc qui me fait me sentir bien, c’est de fermer la porte, d’écouter le bruit de l’eau qui coule et de la sentir cascader, brûlante, sur ma peau, de prendre le temps de respirer le parfum de mon gel douche, de me maquiller, de mettre de jolis vêtements, et d’émerger alors dans un nuage de vapeur et de parfum. Ca crée un sas, une parenthèse entre le réveil et la journée.

J’aime bien, aussi, prendre un vrai petit déjeuner, sur une table propre, avec un livre, un journal, ou Internet, tout dépend des matins. L’arôme du café monte en chuintant du percolateur, ça sent le pain grillé, et le jus de fruit orange-banane est doux sur la langue.
J’aime avoir une pile de livres, en cours ou à lire, sur la table de nuit.
J’aime qu’il y ait de la musique dans les enceintes, tout le temps, et qu’elle soit exactement accordée à mon humeur.

Et mon humeur, en ce moment, est black-metallique. Il pleut presque toute la journée. La couleur des maisons se détache nette contre le ciel, couverture de nuages rassérénante, car elle masque le vide comme un gros rideau de velours, tiré devant la fenêtre. On a envie de se pelotonner dans un grand fauteuil et de lire. J’aime bien sortir aussi, remarquez, la pluie n’a jamais fait fondre personne, et comme tous les gamins j’aime bien marcher dans les flaques. En tout cas, je trouve que c’est un temps qui prête à la rêverie. En automne, j’aime qu’on me raconte des histoires, qui parlent de pays et de peuples lointains, et qui ne sont qu’un prétexte à évoquer l’humanité, les grandes fresques, les guerres, la douleur et la joie – non expurgées, pas comme dans les films hollywoodiens, où les gens ont fini de faire leur deuil le temps de l’enterrement. L’électro m’évoque tout ça, la haine, le bonheur inespéré et éphémère, le doute, mais elle ne raconte pas d’histoires. Alors que Summoning, si.

Quoi d’autre?…
Quand je suis bien organisée et que j’arrive à écrire pendant quelques heures. Ainsi ma journée est partagée entre mon travail et mes activités personnelles, et j’y trouve un équilibre. Aujourd’hui ça n’a pas vraiment été le cas, j’ai bien avancé sur la page que j’ai commencée il y a quelques jours, mais j’étais trop nerveuse pour m’y consacrer pleinement – d’où le fait que je rédige ce billet.
Rentrer le soir et préparer un repas en sirotant un verre de vin.

*

Je reviens et termine ce billet, le lendemain. J’ai parlé à ma gérante, qui m’a rassurée, et m’a aussi dit, à demi-mots, que je n’étais pas la première à me plaindre des manières de Homer (y’a vraiment des gens qui s’appellent comme ça). Et le soir, quand il est arrivé, figurez-vous qu’il s’est excusé. Depuis, je suis zen, comme quoi, je suis pas difficile à faire changer d’humeur.

De fait, j’aime pas trop l’équipe du soir, mais en journée, mes collègues sont cool, je les aime bien. Tant mieux, car aujourd’hui je travaille encore toute la journée, mais pour le moment je suis assez contente de faire des heures sup’, car comme Mathias n’a pas encore été payé mais qu’on a dépensé sans compter, faut des sous!

Demain, je ferai la liste des films que je voudrais voir, tiens.


  1. Je suis comme toi, l'automne, ça me raconte des histoires, et Summoning aussi, j'adore les jours de pluie à la maison.
    Bon bah c'est bien si ce Homer (propose-lui un donut) est déjà fiché, tu sais que tu n'as pas à te faire de souci. ça doit encore être un de ces frustrés du boulot qui se défoulent comme ils peuvent…

  2. Je crois que ce n'est pas vraiment un frustré, plutôt un obsessionnel qui veut à tout prix prouver sa valeur. Genre, si un client te pose une question, à toi, mais que Homer passe par là et l'entend, il va te couper la parole pour répondre à ta place, comme s'il fallait tout le temps que tout le monde sache combien il connaît bien son boulot. On dirait un peu Hermionne tu vois ;D

    Tiens, aujourd'hui il fait beau ! Zut pour Summoning. M'enfin là, je vais travailler, alors m'en fiche un peu ^^

  3. L'idée de Muriel est pas mal : offre-lui un doughnut ! Sinon, casse-lui les jambes, il comprendra que toi aussi tu peux violemment casser les pieds de quelqu'un :)

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