Le BazzArt de Kalys

Jocker

Cette nuit j’ai invoqué le Boucher. Je ne sais pas pourquoi il s’invite dans mes cauchemars sous le nom de Jocker, car il n’est pas imprévisible, ni ambigü. Au contraire, il incarne sans aucune équivoque la terreur à l’état pur. Il n’a pas l’aura noire d’un Marilyn Manson dans mes délires d’adolescente. Il n’est pas fascinant. Il est seulement dangereux, inhumain, l’incarnation d’une terreur innommable, qui court-circuite la volonté.
C’est bizarre, je suis presque certaine d’avoir déjà fait ce rêve. Mais je ne peux pas l’assurer, au réveil. C’est dans le rêve que j’ai cette conscience-là.
Je suis dans un hangar, ou un garage, avec trois copines. L’une d’elle a souillé ses vêtements, et c’est tandis qu’elle se change, alors que les deux autres sont sorties, que je sens, je sais, qu’il va venir. Il se tient dans l’angle de la pièce, c’est une cuisine je crois, avec ses deux sbires – et un serpent? Ou est-ce lui qui en a la machoire? Ils la violent, les deux, sous nos yeux, tandis que lui nous observe. Il me choisit, sa voix est si onctueuse, si immonde, tandis qu’il me propose de décider laquelle de mes amies il va faire souffrir, à présent. Et parce que je sais ce qui va arriver, que j’ai conscience de la douleur qu’il a envie d’infliger, je me désigne, moi.(1)
Son corps est appuyé contre mon dos, ses mains encadrent mes joues, mes tempes, il trace un sillon au coin de mon oeil gauche avec son ongle, ou dans mon cou, peut-être. J’ai peur comme je n’ai jamais eu peur.
*
Mes collègues de travail se dirigent vers une salle d’audience afin de juger Matthew, ex-collègue que j’aimais bien et qui a été viré (2). Francis me dit qu’il trouve sympa que je vienne, même si je n’ai pas encore l’uniforme, que je fais pas encore partie intégrante de l’équipe. Je lui réponds que c’est normal. Nous défilons un à un devant un juge qui écoute ce que nous avons à dire sur la question. Certains racontent des conneries qui me font frémir, des choses mesquines, bêtes. Quand arrive mon tour, je reste sans voix. Tout ce que j’avais prévu de dire m’a complètement échappé, je panique en découvrant que je suis incapable de me souvenir de quoi que ce soit. Le juge (la juge?) décide qu’elle en a assez entendu et ignore la longue file qui patiente encore derrière moi. Elle déclare Matthew coupable.
Je rejoins Matthew et je m’excuse, je lui dis que je suis désolée que ça se soit passé comme ça. Nous courons, vers la ville et la lumière d’un incendie qui fait comme une aurore boréale orange au-dessus des toits. Tout le monde court. Nous discutons dans un escalier bordé de jardinières, entre deux imposants édifices de style classique.
*
Je suis dans la cuisine avec le Boucher. Je suis sur un chemin de gravier blanc mais je ne cours pas assez vite. Il n’est pas derrière moi, mais il le sera, je sais que je ne peux pas lui échapper. J’en ai assez, je suis terrifiée. Je décide que ça ne peut plus durer, que je ne peux pas endurer la peur plus longtemps, que je ne veux pas qu’il me touche, qu’il ne devrait pas avoir ce pouvoir. Alors je me concentre, car je sais que j’ai toujours échappé à ce genre de situation de cette façon, dans tous mes rêves précédents. Je me concentre, et je m’envole. Je sens distinctement la gravité qui me retient, mes bras sont lourds, je lutte pour aller plus haut. Si je ne me concentre pas assez je vais retomber.
Je me réveille. Tu m’auras pas cette fois, connard.
(1) J’ai un caractère noble et généreux, n’est-ce pas?
(2) J’ai vraiment eu un collègue de ce nom, viré au bout de quatre jours.

  1. Voilà, nous y revoilà, c'est bien tout qu'est-ce que je disais, le Boucher est l'incarnation du Grand Satan Capitaliste qui fait que nous sommes tous des esclaves des rouages de la société, haaaaa tuons noooooouuuuuuuus !!!!! Et commençons par mes pareeeeeeeeents !!!!!!

    (Sorry pas pu m'empêcher :-D)
    (Alex)

  2. Mais… Je crois que ce Boucher, c'est mon père, justement… Comment n'y avais-je pas pensé avant? L'ennemi est partout.

Quelque chose à ajouter ?

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