Le BazzArt de Kalys

« Je » est (sûrement) un autre…

Si je n’ai absolument pas le temps de créer par moi-même, jamais je n’ai été si soumise à des influences innombrables, ballottée d’îles en récifs, tantôt subjuguée par le génie de muses implacables, tantôt charmée par des décors, des idées, des images, tout un univers bruissant dans lequel je puise plus d’inspiration – et de joie ! – que je ne l’aurais cru possible.

Non pas que j’aie végété jusque-là, ni que je me sois complu dans un quelconque no-future (j’ai toujours eu la foi – en moi tout du moins). Même quand Monsieur Doute ou le sinistre Manque squattaient ma tête et mes entrailles, j’ai toujours cru que je pourrais les repousser. Jusqu’à ce qu’ils reviennent, plus forts, plus entêtés. Cette tension constante m’a toujours aiguillée. Finalement, je suis plus à l’aise dans mon rôle de guerrière que dans celui de sorcière.
Et puis, à force, Doute, Manque et moi, on se connaît bien. Cela fait longtemps que je les ai acceptés, et si je suis toujours obligée de les remettre à leur place, maintenant, au moins, je sais ce qu’elle est, cette place.

Depuis l’adolescence, je sens quelque chose qui tente d’émerger de moi. A un moment, j’ai cru qu’il suffisait de le décider – donc de l’écrire – pour qu’enfin l’événement se produise. Je me suis donnée bien des noms, je suis née bien des fois, mais en réalité, je n’avais aucune idée de ce qui grandissait en moi. Maintenant je sais qu’il s’agissait de Colère. Pendant ce temps-là, elle a mûri, s’est ramifiée, amplifiée, canalisée, et désormais Fureur est la muse à laquelle j’accorde le plus de crédit. Parce que s’il y a une chose, un occupant, qui m’appartienne en propre, c’est bien elle. Fureur, c’est ma création, mon avatar.

C’est qu’on est nombreux, dans ma tête. Ce n’est pas toujours évident de savoir qui écouter. Monsieur Doute, par exemple, peut être assez crispant. En même temps, s’il n’était pas là, je serai sans doute devenue comme les gens que je n’aime pas, ceux qui ont toujours raison et ne s’intéressent en aucune façon à ce qui vit en dehors des frontières de leur ignorance.
Puis il y a les Figures, celles qui un jour se sont pointées dans un rêve avec des choses à me dire, et qui sont restées, du fait que je les ai écoutées : la dame rouge, le Prédicateur, le fou (celui qui a vu – cf Anne), les corbeaux… non, pas le Boucher.
Enfin, les Autres, ceux dont je ne parle pas mais que, parfois, je couche sur le papier. Stig en faisait partie, sous un autre nom.

Pendant très longtemps, cette petite foule et moi, on essayait de rencontrer le monde. On avait bien conscience d’être un poil narcissique, mais bon, la moité d’entre nous a tendance à se prendre plutôt au sérieux. On a l’habitude et, pour être honnête, ça nous convient très bien.

Un jour, j’ai fini par comprendre un truc : parfois, les gens les plus sûrs d’eux – comme moi, ou Zan, ou le Mangeur d’Arbre, ou Maloriel – sont aussi les plus fragiles. On se débat en permanence, tiraillés entre notre quête de perfection et notre désir de connaître et comprendre les autres. Et puis un autre jour, plus tard, j’ai compris un autre truc : du moment que l’on fait la paix avec soi-même, on est prêt.

Fureur, Doute et moi, on a rencontré le monde (les autres ne sont pas autorisés à sortir, c’est quand même moi qui commande !)

C’est vraiment compliqué d’expliquer tout ça. Je suis arrivée à un point de ma vie où j’ai l’impression de… comprendre, reconnaître, accepter… tout ce que je suis. Ça ne veut pas dire que je suis guérie. Il y a des plaies, qui cicatriseront, ou pas, je n’en sais rien. Mais même si ça fait mal… ça ne me dérange plus. Il y a toujours Angoisse, mais je la laisse labourer mon ventre et, vous savez quoi ? Depuis que j’ai compris qu’elle serait toujours là, eh bien, je… J’allais dire que je la contrôle mieux, mais ce n’est pas ça. C’est juste que… elle est là et puis c’est tout. Je lui laisse la place qui lui revient et je continue d’avancer quand même.
Et depuis que moi et mes monstres intérieurs on a compris qu’on ne faisait qu’un… je suis, paradoxalement, beaucoup plus sereine. Et comme je suis sereine, je peux marcher comme une guerrière dans le vaste monde. La tête haute, les paumes ouvertes – les yeux clos, souvent c’est nécessaire.

22 juin 2013

Ou peut-être que le terme, c’est « épanouie », plutôt que sereine. Définition de l’internaute.com : serein : calme, tranquille, paisible. Quand on a la fureur comme leitmotiv, calme et tranquille ne sont peut-être pas les adjectifs les plus appropriés pour se définir. En même temps, Wiki dit qu’on est épanoui quand on « a un désir assouvi » et je ne sais pas si j’ai assouvi quoi que ce soit, vu que la soif de découvrir est mon moteur.
On pourrait dire que je suis parfaitement calme et tranquille à l’idée d’être toujours sur la brèche.

26 juin 2013

Finalement, il semblerait bien que ce soit cette instabilité qui crée chez moi un équilibre. J’utilise la métaphore du funambule depuis fort longtemps, mais en réalité, je n’avais pas saisi sa justesse. Je marche sur le fil et je penche d’un côté ou de l’autre, mais ces attractions opposées remplacent le balancier et je tiens debout. La vie sous tous ses aspects comble le vide qui m’habite, sans jamais y parvenir tout à fait, aussi je dévore le monde en permanence, avide, insatisfaite, heureuse.



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