Le BazzArt de Kalys

J’attends toujours que mon futur commence

Je suis seule dans l’appartement. La musique que j’ai choisie, et que je ne peux jamais écouter sous peine de m’attirer des regards désapprobateurs, se fraie un chemin depuis les hauts-parleurs, médiocres, de mon PC portable. J’avais hâte qu’ils s’en aillent. Je suis contente qu’ils soient partis.
Maintenant je suis toute seule avec mon reflet qui me suit partout, et cette musique que j’ai jouée dans ma tête pendant des heures. Toute seule et toute vide. Je voudrais rester seule encore longtemps, apprendre à m’apprivoiser. Mais ça ne sera pas assez long – ça ne l’est jamais.
Je ne sais pas quoi faire de ce que je ressens. Je ne sais même pas ce que c’est.
Je voudrais écrire, n’importe quoi, mais je ne connais pas les mots. On m’a décrite sorcière, pourtant les sortilèges ne me sont pas familiers. Je regarde la fumée de ma cigarette tracer des runes éphémères sur le ciel bleu, sans parvenir à les déchiffrer. Une partie de moi, pourtant, sait qu’il n’est pas nécessaire d’en saisir le sens.
J’ai souvent regretté de ne plus ressentir que les choses négatives : la colère, l’impatience, la frustration… J’ai vécu de beaux moments, mais je n’ai jamais été capable de les écrire. Ils se dissipent. Je peux décrire précisément l’angoisse et ce cher doute, mais pas la plénitude que j’ai ressentie au bord du Grand Canyon. Et donc, me voilà avec toutes ces émotions qui débordent, comme un paquet cadeau encombrant que je peinerais à porter. J’attends.
J’ai dans la poitrine un grand vide plein d’air qui absorbe tout. Je fume beaucoup, pour l’asphyxier. Je m’agite pour ne pas entendre son fracas d’océan. J’ai de l’écume plein les yeux.


Quelque chose à ajouter ?

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