Le BazzArt de Kalys

Des fantômes sur la guarrigue

Pages écrites à la suite de ce billet publié dans le Carnet Orange.

Et je retourne dans l’histoire – la mienne. Et celle, inconnue, de la femme qui habite encore les pièces de cette maison. Ma grand-mère, dont j’aimerais étoffer le fantôme parce que ce qui hante ma mémoire et la villa, pour l’instant, est un être décati au regard perplexe. Quand est-elle morte ? Quand ai-je cessé de la reconnaître et décidé d’abandonner la chose qui avait pris sa place ?
Les gens pensent que puisque la maladie a occupé ma vie, je la connais et l’accepte comme naturelle. Alors que c’est tout l’inverse. Je l’exècre, elle me fait peur et je ne veux pas m’y confronter. Je peux apprivoiser l’angoisse, le vertige, les doutes. Mais cette chose-là, qui vole les corps et les modèle, et qui transforme des femmes en démon, je ne peux pas la regarder ni l’affronter. Ça ne sert à rien de combattre une chose sur laquelle on n’a pas de pouvoir.
Même s’il reste un peu de ma mère dans ce corps.
Surtout s’il en reste.

Du coup je me balade dans ce jardin qui n’a pas trop changé (même si le citronnier et les abricotiers ont été abattus) et parfois j’ai les larmes aux yeux mais je ne sais pas bien pourquoi. Parce que j’ai vieilli ? Parce que ma mamie est morte ? Cette région a presque tout du paradis pour moi, et pourtant elle me rend mélancolique, comme si des fantômes envoûtaient l’air. Ils sont silencieux ceux-là, et c’est pire. Parce que ce sont les miens.
C’est comme tous ceux que j’ai abandonnés dans les collines auvergnates.

Hier nous sommes montés au sommet du Mont Faron. Le même vertige que dans mes rêves. Debout au bord du vide, je ne ressens aucun désir d’y plonger. Plutôt le contraire : reculer pour mettre de la distance entre moi et cette chose presque palpable qui engendre chez les autres un désir de s’y dissoudre. Le vide aspire. C’est pour ça que j’ai toujours peur d’y perdre des objets. Le vide est un monstre immobile, un hurlement silencieux.
Là-haut, j’ai réveillé d’anciens démons et j’en suis contente, même si en me suivant ils m’isolent. On ne sait jamais. Peut-être bien qu’ils me protègent.

La région n’a pas changé mais moi si. Et la maison est vide, elle aussi.
J’ai trop fumé, ces temps-ci. Rendu sa place au poison qui ne tue pas les ombres. Dormi comme on fuit. Je ne pourrais pas rester ici, même si je le voulais. L’air n’est pas respirable pour moi. Même l’odeur des pins est un leurre.

La dernière fois que je suis venue, ma mamie était vivante et elle souriait sur les photos. Il n’y a pas de fantômes sous les arbres. Seulement le vide.



Quelque chose à ajouter ?

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