Le BazzArt de Kalys

Définition

Savoir qui l’on est. Avant même de formuler un jugement. Je me souviens à quel point c’est difficile. Comment, à quinze ans, nageant dans l’obscurité la plus totale, j’ai reconnu comme m’appartenant des objets flottant là par hasard. Comment, par exemple, j’ai entendu Mylène Farmer dire « J’ai toujours préféré les arbres morts, c’est tellement plus joli. » Et moi d’opiner du chef : « Ah oui, oui, oui, c’est vrai, ne soyons pas si prévisibles et consensuels que nous préférions la vie au froid et à la glace ».

La terreur folle que c’est, aussi, de regarder dans un miroir en craignant de n’y rien voir. D’où les pensées étrangères, et tous ces oripeaux enfilés pour, au moins, circonscrire le néant. On croit que la forme ainsi dessinée épouse avec délicatesse les contours de nos rêveries. En vérité, ce ne sont que des vêtements mal ajustés jetés en tas sur le vide.

J’ai toujours beaucoup regardé en dedans mais peut-être pas la totalité, parce que déjà il y avait ce jugement. Ayant décidé, avant même de voir, que cela ne valait pas grand-chose. Et cela, dans un mécanisme en grande partie inconscient : j’ai sincèrement cru que moi aussi je préférais le bois mort au parfum des fleurs.

Et puis je sais très bien qu’au milieu court la faille. Il y a des choses et des gens qui se bâtissent et se déploient autour de pivots solides. Moi je me répands en craquelures depuis ce premier gouffre.

Il faut que je le dise : j’écris ces pages parce que j’ai compris que je ne voulais pas accepter certaines choses, parce que je ne me faisais pas confiance, parce que je les avais empruntées à d’autres. D’autres bien plus cohérents et créateurs que moi. Écoute ça, Doute : eux aussi, ils sont comme moi. Eux aussi, ils se sont construits sur la base de fascinations, d’amours, de haines. La vérité, c’est que leur rapport à ces choses, leurs perceptions, les conversations qu’ils entretiennent avec ces muses, sont uniques.
Et ainsi sont les miens.
Oui, mes écrits emprunteront toujours beaucoup à Barker, à Silhol ou à Maupassant. Peut-être aussi serai-je la seule à réunir ces trois-là dans un univers dont ils seront la triple inspiration, la tricéphale divinité.

Ainsi non, je n’aime pas les arbres morts, pas plus que l’hiver d’ailleurs (alors que Silhol…) J’aime les journées de plein soleil, les caresses de la lumière, et la chaleur. J’ai horreur d’avoir froid, et si les premières neiges me font trépigner comme une gamine, rien ne me plaît plus que des les contempler de loin, fascinantes mais – puisque – étrangères. Je n’aime pas non plus les cimetières, même si j’ai essayé d’apprivoiser leur dureté de pierre, et la solitude de leurs allées circulaires.

S’il fallait me prêter un élément, ce serait le feu, ou peut-être la terre. Certainement pas l’eau, avec laquelle on me prête une filiation astrologique. Sûrement pas l’air, léger, d’apparence inconséquente. Il me faut la pesanteur et la gravité, la lenteur des mouvements, et le calme des saisons qui se couchent sur mes flancs. La terre alors, oui, et le feu pour me réchauffer.

La faille, donc. Il n’y a jamais rien eu d’autre que cette première cicatrice, et d’ailleurs aucunes de celles que j’ai taillées sur mes poignets n’a le moindre rapport avec la Prima. Même pas des imitations, juste les conséquences lointaines, presque invisibles, du séisme originel.

Il y en a qui émergent d’un noyau dur, de quelque chose qui portera des fruits et qui grossira, gagnera en matière. Comme des troncs d’arbres.

Moi, c’est tout l’inverse : je suis née d’une béance, un vide, qui se ramifie. Je suis toutes ces fissures, pas la glace autour.

Et c’est sans doute parce que je suis d’Ombre, pour paraphraser Silhol (encore ! Mais c’est que je viens de la relire), c’est parce que je suis d’Ombre disais-je, que c’est Lumière qui m’attire et m’apaise. Il n’y a rien de reposant à se laisser aller à sa propre nuit, ni rien de bien intéressant à écouter les bavardages de ses propres démons.

Mais je ne veux pas pour autant colmater la brèche. Comment le pourrais-je ? Je ne connais personne qui soit prêt à renoncer à lui-même.



Quelque chose à ajouter ?

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