Le BazzArt de Kalys

Dans le noir

J’ai toujours l’impression qu’il me manque quelque chose, quelque chose qui m’aurait été arraché.

Je repense à tous ces rêves de fêtes foraines et de parcs d’attraction parce qu’ils sont récurrents chez moi, et je me dis que c’est peut-être là qu’il faut chercher. C’est compliqué de chercher une chose dont on ignore la nature. Dans ces rêves, les allées sont labyrinthiques et les attractions toujours inaccessibles. Est-ce que c’est parce que se trouve enfouie dans mon passé la chose que je ne parviens pas atteindre ? Est-ce que c’est cette même chose qui m’empêche toujours de gravir les escaliers, ainsi que les toboggans géants qu’il faut pourtant emprunter pour quitter le labyrinthe ?

Il y a deux ans de ça, j’ai fait une chose épouvantable. Et bien que j’aie passé des heures à analyser les raisons et les circonstances (je devais au moins ça à la victime de mon acte), je n’ai en réalité aucune putain d’idée de ce qui m’est passé par la tête. Ça rend la chose d’autant plus horrible puisque ça veut dire que ça ne signifiait même pas quelque chose pour moi. C’était gratuit, cruel et infondé… Exactement comme ce que font les enfants.

Je pense que ça m’empêche d’avancer parce que si je n’ai pas de raison je ne peux pas arrêter la culpabilité. Et comme je suis de ceux qui pensent qu’il n’y a pas toujours de raisons…
Le problème, c’est que j’ai toujours fait des trucs comme ça. Avec toujours la même sensation, une espèce de plaisir à penser « c’est mal, ce que je fais », mais pas dans le sens « hahaha je suis trop méchante » non, plutôt en mode « je sais que c’est mal, je sais que ça va mal finir, je ne sais pas pourquoi je le fais, mais je peux pas m’arrêter ». Pour donner l’exemple le plus bête qui soit, un jour j’ai découpé un ornement que je n’aimais pas sur un de mes débardeurs, et comme je ne faisais pas spécialement attention j’ai vu que j’allais couper dans le tissu. Et j’ai continué, sachant que je massacrais consciemment une fringue que je venais d’acheter. C’est vraiment un exemple ridicule mais je me comporte exactement pareil dans les circonstances où je détruis tout. Comme avec Julia.

Alors je me demande, parce que ce serait commode, s’il s’est passé un truc dans mon enfance – ça fait cliché mais c’est juste que c’est forcément à ce moment-là puisque après ne restent que les actes, dont je me souviens bien. Un truc qui explique les parcs d’attraction fantômes et les actions insensées.

Quand j’écoute un certain type de musique, j’ai toujours envie de hurler. D’ailleurs je hurle intérieurement, avec cette sensation horrible que je ne sais même pas ce que je regrette, ce qui fait si mal. Comment on peut manquer d’un truc sans savoir quoi ? Comment une absence de souvenir peut faire si mal ?
C’est pas que je souffre vraiment, mais enfin, ce vide… Cet affreux hurlement qui me secoue, il faut bien qu’il vienne de quelque part ?

Alors j’invente. Un jour j’ai cru que je remiserai mes amis imaginaires à leur place – dans ma tête – mais en fait non, toujours pas. Alors je décide qu’il leur arrive des trucs de ouf, des trucs qui font vachement mal, ce qui justifie, étant moi-même un personnage de l’histoire, que je me sente aussi dévastée.

Je m’émeus de mes propres histoires et ça fait un bien fou, qu’ENFIN il se passe quelque chose. Parce qu’au quotidien je ne ressens plus grand-chose.

C’est pour ça que les églises me sont fermées et que l’île est toujours terrifiante.

C’est pour ça que parfois j’ai absolument besoin d’être seule et d’avoir la fièvre. Je crois pas que je comprenne quoi que ce soit, mais au moins, de retour dans mon cocon, j’ai l’impression d’avoir un cerveau.


  1. C’est difficile de se faire une opinion ou même de comprendre car ce sont des choses qui te sont très personnelles, mais tout cela m’évoque deux choses :

    D’abord, je me demande : serait-il possible que tu aies peur d’être heureuse ? Ou que, pour une raison ou une autre, tu ne te l’autorises pas ? Aurais-tu peur de t’ennuyer ?

    D’autre part, ce n’est pas certain car on peut refouler un souvenir traumatisant, mais je ne suis pas sure qu’il se soit spécifiquement passé une chose. Il s’est passé plein de choses dans ton enfance. On en a déjà discuté et il semble qu’il y a certains trucs qui te rongent en tant qu’adulte, certains souvenirs, certaines sensations, que tu n’as pas dépassés. Je pense que c’est la priorité en ce qui concerne les trucs à travailler.
    J’ajouterai qu’il est possible que le fait de travailler avec des jeunes pré-ados te confronte inconsciemment à ces souvenirs et mette en relief les choses qu’en tant qu’adulte, tu ne parviens pas à surmonter, te laissant une sensation de vide et de culpabilité.

    Tu devrais partir de tes rêves pour écrire une nouvelle, ça pourrait faire un chouette truc au niveau de l’imaginaire, et en plus de ça, toi ça pourrait te guider :)

  2. Peur d’être heureuse, je ne sais pas. Ça semble saugrenu, non ? Peur de m’ennuyer oui, très certainement. La question que je me pose, c’est : en quoi souffrir ou ressentir un malaise est moins ennuyeux que le bonheur ?

    Hum, je pense que tu as raison – je ne crois pas qu’il y ait une chose traumatisante enfouie quelque part. Mais je ne sais pas du tout comment on est censé s’y prendre pour surmonter les trucs qui demeurent. Et ta réflexion concernant mon boulot actuel est à mon avis très perspicace :)

    Oui, peut-être que je devrais écrire un truc à propos de mes rêves, ça semble une bonne idée. À moins que le faire ne crée un ordre, une cohérence tout artificiels ?

Quelque chose à ajouter ?

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