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Le BazzArt de Kalys

Clefs

Première clé – Les golems

Quand j’étais plus jeune, bien avant que Monsieur Doute ne s’installe dans ma tête, avec son chapeau, ses cigarettes et son air blasé (ou cynique, cela dépend des fois – oui, Monsieur Doute ressemble à ça), j’avais un autre compagnon, tout aussi torturé mais moins rigolo. Il était tout blanc et tout sec, avec une longue figure maladive, et il s’appelait Manque. Il m’obligeait à copier des lignes.

Il attrapait mes poignets avec ses grands doigts maigres et en faisait couler l’encre. Sous son joug, j’ai écrit des centaines, des milliers de pages. Elles comportaient toutes les mêmes mots. Seul l’ordre des phrases changeait. C’était une punition, je pense, parce que je n’arrivais pas à le combler, Manque. Alors il me forçait à essayer encore. Il me contraignait à emprisonner des mots entre les lignes de mes cahiers, il voulait que je lui dessine une forme, que je comprenne sa nature, que je le remplisse. Mais il était volatile, Manque.

Je crois aujourd’hui que le véritable nom de Manque était Solitude. J’ai aussi dû affronter sa sœur, Absence ; au début je ne faisais pas la différence. Je ne pouvais pas les circonscrire parce que je ne connaissais pas les paroles, le silence étouffait mes sortilèges. J’ai mis des années à les cerner, ces saletés de jumeaux.

Réussir m’a donné une formidable impression de puissance. Je les ai emprisonnés et remisés sur les étagères de ma mémoire. Leurs noms sont gravés sur leur front, ainsi je peux les invoquer quand je veux. Pourquoi je voudrais faire ça ? Eh bien, parce pour bien écrire, il faut tout savoir :) Tout expérimenter, tout ressentir. Et ensuite, piocher au hasard des souvenirs…

Deuxième clé – Sœurs sorcières

Avant, ce site s’appelait Blooböxx, et s’il avait conservé ce nom, il aurait dix ans aujourd’hui, ou peut s’en faut.

D’abord, dans l’espoir que cela mène quelque part, je me suis appropriée ce concept qui, s’il est originellement mien, doit beaucoup à Maloriel. C’était une boîte où cacher des choses secrètes et importantes, des choses magiques et d’autres carrément terrifiantes. C’était, forcément, un passage. Une porte ouverte par David Lynch, vous savez où et quand.

J’ai décidé de récupérer tout ce que j’avais entreposé dans la boîte et de le conserver ailleurs, parce que je crois que Blooböxx doit se concevoir à plusieurs mains. Le projet est de nouveau sur les rails.

Car si nous sommes avant tout des guerrières, c’est en encrant jour après jour nos enchantements que nous puisons la force d’avancer, et tout le monde sait que les incantations fonctionnent mieux quand on est plusieurs à les prononcer.

Troisième clé – Le jour se lève, maman

Je m’éveille

            Dans

Le silence

Feutré

De la campagne.

Entre les troncs d’arbres la nuit s’est retirée, pourtant ce n’est pas le jour qui point, mais la brume qui éclaire le chemin d’une lueur lunaire. Elle s’arrête dans les creux et les vallons qui bordent la route, tirant un rideau translucide entre nous et les songes qui s’attardent dans le sous-bois.

Je suis assise dans un bus trop éclairé qui file à toute allure le long d’une étroite langue d’asphalte. Dans une heure, il ouvrira ses portes sur un vaste parking où se déverseront des flots de lycéens mal réveillés. Dans une heure, je m’assiérai sur un banc glacé et je regarderai les internes passer dans un sens, puis dans l’autre, mes écouteurs vissés dans les oreilles.

Dans une heure. Mais pour le moment, le goût amer du café s’éternise dans ma bouche tandis que mes doigts augmentent spontanément le volume sonore de mon walkman. Le front posé sur la vitre, je projette rêves et chimères sur l’écran que la brume a déroulé pour moi.

*

J’écoute Blutengel. En boucle.

La musique m’enveloppe, elle tisse un cocon autour de moi. Elle invente des couleurs qui glissent sur les angles. Tout me semble vaporeux et doux.

J’aime me remémorer le soir, la nuit tombante et le rideau que j’ai laissé tomber sur le paysage noirci. Les mêmes notes tournent sur elles-mêmes, seconde après seconde, vortex qui finira bien par m’extraire, du moins me dissiper.

Bientôt la fin de la route, et j’ai besoin de carburant. La fureur fera bien l’affaire. Je suis en colère. J’ai besoin d’être en colère. Je voudrais pouvoir tout ravager sur mon passage. Je ne sais pas survivre autrement.

Bienvenue dans l’arène.

*

« Fuyez l’infini que vous portez en vous. »

*

 Je ne pensais pas vraiment sortir vivante de l’arène. Je veux dire : je ne croyais pas que j’allais y mourir. Je ne pensais pas, simplement. Je ne pouvais pas me projeter. Je ne pouvais imaginer de vie en dehors de ces murs. Et quand je suis finalement sortie… Il n’y avait que la glace.

Les mêmes flots mélancoliques sur les mêmes rochers. La grève déserte, à l’aube. La même aube lumineuse après une nuit infernale. Cette aube qui nie tes cauchemars, qui te dit « ça n’a pas d’importance, c’est déjà fini. Ça finira toujours. »

Le soleil se lève… Maman.

 

Je déambule

Le Carnet Orange

M’écrire. A moi ou a l’alter ego, on n’est pas jalouses

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