Le BazzArt de Kalys

Bifröst

C’est quelque chose dans la texture de l’air. Un fond de froidure, et une odeur de neige et d’écorce, beaucoup plus rêche que les parfums capiteux de l’été. Ce ne sont plus les pollens et les pétales qui colorent la lumière, mais les nuages. Il y a des gouttes de pluie grise qui infusent les rayons du soleil. C’est la couleur, je le répéterai tous les ans, des fantômes qui passent un à un dans le monde.

Je le sais à présent, les corbeaux m’accompagnent, mais ce ne sont pas des présages, juste d’autres avatars de Hugin et Munin, réflexion (« pensée et miroir », dit Wikipédia) et mémoire.

C’est la saison des tasses de thé ambré et des carnets rouges.

Finis les arômes légers, superficiels, des vins roses et jaunes pâles. Au creux qui précède l’hiver, on sortira le Beaujolais nouveau, pour égayer les nuits d’arômes exotiques qui font rêver à des étés chaleureux sur des  plages de sable blanc. Mais en vrai, c’est la saison des vins qui emplissent la bouche de pourpre, vins de mélancolie à partager avec les ombres dressées silencieuses autour du feu.
Bientôt, pas tout de suite, mais cela viendra si vite, ce sera l’heure où la porte s’ouvre. Wikipédia me dit que Samain est  « un intervalle de non-temps », qui n’appartient « ni à la saison claire, ni à la saison sombre ».

Mais déjà, la saison claire est parasitée, on voit, du coin de l’œil, les bras de brume qui s’infiltrent sous les portes, les sourires hésitants des spectres sous les arbres.
Je m’assois sur le balcon et j’attends. Je regarde ces gens qui marchent sans voir les présences qui les talonnent, ni les seuils qu’ils franchissent. J’attends, en buvant mon thé couleur rouille, et je respire.



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