Le BazzArt de Kalys

A rebours – Une virée dans le labyrinthe

Ce billet traîne dans mon dossier « En cours » depuis très longtemps. C’est qu’il n’est pas si facile de remonter aussi loin dans le temps, au moment de mes tous premiers émois musicaux. Pas plus que de ne faire référence qu’à des artistes français. Il faut dire qu’on me connaît surtout pour mon goût de la musique électronique et du rock anglo-saxon ! Cela dit, je dois une fière chandelle aux chanteurs français que mes parents écoutaient, puis à ceux qui ont enchanté les ondes radios de mon adolescence. Parce que je suis amoureuse des mots, et que ceux de ma langue natale demeurent les plus à même de traduire mes émotions. Et puis, je ne prends pas toujours la peine de m’attarder sur les textes en anglais ou en espagnol, je me laisse plus facilement porter par la musique lorsque je ne comprends pas d’emblée ce qui est raconté. Les auteurs français occupent donc une place de choix dans mon parcours, d’autant plus qu’ils ne sont pas nombreux !

1. Sur le seuil

Quand j’avais une dizaine d’années, douze peut-être, mon père m’a offert un best-of de Serge Gainsbourg. Je n’ai jamais beaucoup apprécié Gainsbourg et je ressens même une certaine haine à l’évocation de titres tels que Couleur café ou L’ami Caouette (une réaction tout à fait saine, vous en conviendrez).
Cependant, deux chansons continuent de me hanter…

Marilou sous la neige – L’homme à tête de chou – 1976

Initials B.B – Initials BB – 1968

La première parce que son texte parfaitement ciselé ne laisse pas de me surprendre et que son érotisme mi-morbide, mi-léger m’envoûte totalement. Pas une once de pathos dans ce poème, pas plus d’ailleurs que dans la chanson éponyme, L’homme à tête de chou, mais une ironie douce-amère et la diction délicieuse de Gainsbourg, bien sûr.
La seconde parce qu’à cet âge je ne savais pas à qui ni à quoi cette chanson faisait référence, et qu’elle a fait émerger dans mon esprit l’image d’une sorte de déesse lunaire, l’incarnation d’une féminité mystérieuse, animale, qui influence encore aujourd’hui mes goûts en matière de femmes.

Les gauloises bleues – 1972

Mes parents écoutaient Yves Simon. Je n’ai plus jamais entendu ce disque à la maison – pas plus que la plupart de ceux qui tournaient en boucle dans le salon tendu d’orange, à Rambouillet. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Les gauloises bleues me semblent encore plus mélancoliques aujourd’hui. Ou peut-être est-ce parce que cette chanson-là non plus, je ne la comprenais pas complètement. Maintenant bien sûr, je vois la fumée de mes propres cigarettes tendre ses doigts blancs vers les plafonds craquelés. J’ai un passé, que je ne pouvais que rêver, à l’époque. Et pourtant… Je devinais confusément les accords de jazz, la poésie, la pluie sur les jours de mai… Et la voix tranquille d’Yves Simon réveille les fantômes anticipés d’une époque oubliée.

Raconte-toi – Raconte-toi – 1975

Et une nuit, à l’heure où l’on ne sait plus si le jour se lèvera dans une heure ou dans cinq… Raconte-toi.

Tu as peur des gens qui passent 
Dans ta vie ou sur le trottoir d’en face 
Tu as besoin qu’ils te regardent 
Et pourtant tu restes là sur tes gardes

Raconte-toi

Tu écris aux visages que tu as vus
En quadrichromie, à la une des revues
Tu leur dis je te regarde est-ce que tu me vois
Dans le brouillard de ma ville où j’ai si froid

Raconte-toi

Envoie toutes sortes de messages
Aux inconnus et lucioles de passage
Prends le parti du risque et des erreurs
Le silence est toujours complice ou trompeur

Raconte-toi

Prends des feuilles 21 27, un stylo
Une caméra super 8, un magnéto
Regarde à l’intérieur de tes rêves et dans les journaux
Toute la folie du monde est dans ton cerveau

Raconte-toi

Je pourrais parler d’Yves Simon pendant des heures, des Bateaux du métro, de Zelda, de J’ai rêvé New York… Que des singles (enfin, des quarante-cinq tours, à l’époque), parce que mes parents possédaient le best-of. Sans doute parce qu’Yves Simon appartient à mon domaine le plus familier, le plus intime, je n’ai jamais cherché à savoir ce qu’il avait réellement fait. C’est étrange, quand on y pense.

Ma France – 1969

« Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche »

J’entends encore mon père : « Jean Ferrat, c’était un vrai communiste. Lui, il bouffait des pâtes parce qu’il avait tout donné. Il pouvait se permettre de l’ouvrir. » (en fait, mon père parlait au présent, à l’époque). Ça m’a tellement marquée, au point qu’aujourd’hui, je n’arrive toujours pas à admettre qu’un type, sous prétexte qu’il est connu, se permette de me dire de donner à machin et de voter pour truc.
Quand j’écoute cette chanson, je me prends à regretter plus vivement encore combien dire « ma France » aujourd’hui peut avoir de relents nauséabonds.

Heureux celui qui meurt d’aimer – 1967

Ferrat est aussi celui qui m’a fait aimer Aragon… C’est moins le texte que la conviction de Ferrat, l’amour avec lequel il prononce chaque syllabe.

La chanson des vieux amants – Jacques Brel 67 – 1967

« Il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes… » Qu’ajouter ?

De Brel, j’aime autant les textes tristes que ces moments presque théâtraux, en tout cas ces moments habités, vifs, malicieux, que peuvent être La valse à mille temps (mais comment fait-il pour chanter si vite ?), Mathilde ou Vesoul.

Nougayork – Nougayork – 1987

Se rendre compte que les années 80 n’ont épargné personne :)

Il y avait une ville – Il y avait une ville – 1958

Mais ne pas oublier pour autant l’immense talent d’écrivain et de conteur de Nougaro. Dire que c’était son premier album… J’ai découvert Nougaro via un best-of, encore. Appartenant à mes parents, encore. Vous savez, ces disques qui tournent pendant des heures lors d’interminables trajets sur la route des vacances… Si votre père ressemble au mien, vous ne faisiez presque pas de pauses. Le bitume se déroulait à l’infini à travers des paysages déserts (on ne prenait pas l’autoroute, pauvres fous). Nougaro chantait ses visions.

Mon mec à moi – Mademoiselle chante… – 1988

C’est un peu la méga-honte d’inclure un texte de Didier Barbelivien dans cette sélection. C’est peut-être parce que j’adorais la voix hyper sensuelle de Patricia Kaas que je n’avais pas pensé qu’il puisse l’avoir écrite. En tout cas, elle le swingue avec une classe magistrale. Et il n’y aura pas beaucoup de femmes dans cette sélection, alors autant en profiter !

2. Le labyrinthe

Un tel préambule pour en revenir, comme toujours… à Mylène Farmer. Mais ne fuyez pas : le texte est de Baudelaire, et c’est très probablement ma première rencontre avec celui que je considère comme mon poète préféré, de très loin.

L’horloge – Ainsi soit je – 1988

Des années plus tard, Saez me bouleversera avec son interprétation de Delphine et Hippolyte, mais comme je l’ai déjà mise ici, je vous en ferai grâce :)

Jeune et con – Jours étranges – 1999

Et vous allez dire que j’ai eu une adolescence super clichée. C’est sans doute vrai, mais je m’en fous. Vous pouvez pas savoir comme cette vidéo m’a bouleversée. Ce que Saez a représenté pour moi à un moment de ma vie. Je l’avais déjà vu deux fois en concert, et mon père avec moi. Mais quand il est monté sur cette scène des Victoires de la Musique, tout le monde chez moi s’est tu (ce qui est déjà un souvenir génial, en soi). Je vous invite à voir cette interview : j’apprécie de voir autant de colère.

Aux sombres héros de l’amer – Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient) – 1989

A l’époque, j’ai sans doute beaucoup plus écouté 666.667 Club, mais puisque cette chanson est la B.O de mes errances, toute seule à Belfort, et puisque ça fera moins cliché qu’Un jour en France… Je suis vraiment venue à Noir Désir plus tard, à la fac, mais le groupe a tout de même beaucoup compté pour moi, ne serait-ce que parce qu’il est à l’évidence une influence pour Saez. (J’ai découvert les Cure parce qu’Indochine en était fan. On y vient à Indo, tiens, d’ailleurs.)

Justine – Danceteria – 1999

J’ai retrouvé ce vieux texte destiné à Itinéraire-Bis et qui évoquait mon amour pour Indochine – je ne me souviens plus s’il a un jour été publié. Je le posterai ici dans un prochain billet. Comme ça vous saurez.

De l’autre côté

Je n’écoute quasiment plus de chanson française, récente je veux dire. Mais il y a eu Fauve, quand même.

Voyou – Vieux frères, partie 1 – 2014

Si j’avais eu le talent, j’aurais pu écrire cette chanson. Elle me ressemble tellement.

Blizzard – Blizzard (E.P) – 2013

Parce qu’on est de ceux qui guérissent, de ceux qui
résistent, de ceux qui croient aux miracles.

Et je termine avec une vidéo pas entièrement en français. Ce n’est pas celle que je cherchais à l’origine, mais j’étais si stupéfaite de découvrir que Robert avait chanté en duo avec Majandra Delfino (Maria dans Roswell !!!) que j’ai décidé de partager celle-là. Leurs voix se mêlent merveilleusement.

Le prince bleu – Celle qui tue – 2002


  1. Ton article me fait prendre conscience que, contrairement à ce que je croyais, j’ai baigné étant gamine dans pas mal de musique française (Initials BB est un de mes grands classiques pour totalement les mêmes raisons que toi) !

    Je m’en suis pas mal éloignée depuis, peut-être parce que les textes m’éloignent trop de la musique, justement. Je me retrouve à les décortiquer et les interpréter, aussi je n’arrive pas à me laisser tant emporter…

    Il n’y a que Noir Désir qui reste encore dans mon baladeur, ainsi que Louise Attaque, tous deux gros restes de mon adolescence auxquels je suis hyper attachée.

    Je me suis mis tes recommandations de côté pour voir si je peux y retrouver quelques perles – décidément tu remplis mes listes à tout va, c’est trop chouette !

  2. Je partage tout à fait ce constat ! J’ai besoin que la musique m’enveloppe littéralement. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais aimé le rap, en dépit du talent de certains rappeurs pour écrire des textes superbes : comme tout est centré sur la voix et le message, je n’arrive pas à me laisser emporter.

Quelque chose à ajouter ?

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